Reconstruire son identité après avoir rangé l’uniforme

Agrandir l'image Jan Grimell a consacré les trois dernières années de sa vie à un projet de recherche sur la transition entre la vie militaire et la vie civile. Photo - Simon Leblanc, Adsum

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Officier dans les Forces armées suédoises pendant 10 ans, il a été difficile pour Jan Grimell, aujourd’hui étudiant chercheur à la Vrije Universiteit Amsterdam aux Pays-Bas, de quitter le monde militaire pour la vie civile. C’est d’ailleurs ce qui l’a mené à consacrer les trois dernières années à l’étude de cette question.

«Il m’a été très difficile de me reconstruire une identité civile. Je ne savais plus qui j’étais et personne ne comprenait ce que je vivais», se rappelle Jan Grimell.  

Depuis 2013, l’étudiant chercheur a passé en entrevue 19 anciens membres des Forces armées suédoises qui ont eu à vivre cette transition. Soldats et officiers, hommes et femmes, deux ans ou 35 ans de service, le profil des interviewés était varié. Trois grandes questions ont été abordées dans ces entrevues : l’expérience de transition, le processus de reconstruction de l’identité et les éléments existentiels ou religieux liés à ce processus. 

Sept thèmes ressortent

Jan Grimell, en entrevue avec l’Adsum, explique que sept principaux thèmes sont ressortis de ses entretiens basés sur la réalité militaire suédoise.

1. Une asymétrie entre les identités militaires et les nouvelles identités civiles. Il est difficile de se départir de son identité militaire, car la perception de la vie reste filtrée à travers une «lentille» militaire.  

2. Un sens clair du «moi» militaire.  

3. Des problèmes d’ajustement à une nouvelle réalité. Un changement de culture, ainsi qu’un système de hiérarchie et de discipline différent.

4. Un lent processus de reconstruction d’une nouvelle histoire significative de qui être en tant que civil.

5. Difficulté à trouver un sens ou une motivation dans un nouveau mode de vie.

6. Perte d’une communauté et d’un sentiment de camaraderie.

7. Dichotomie entre les mondes et les relations militaires et civils.

En se basant sur son expérience et sur ces sept thèmes, M. Grimell explique qu’il s’agit d’un important défi pour les membres du service militaire de changer leur «lentille» militaire pour une «lentille» civile. Pour aider à se créer une nouvelle identité intérieure, il suggère d’être ouvert à un processus impliquant de parler aux gens, de chercher du soutien pour changer sa façon de penser et s’ouvrir au monde civil. Il propose aussi d’y aller avec un concept d’une vie spirituelle existentielle. Grâce à la famille, à la nature ou à d’autres moyens, il faut s’efforcer de trouver un nouveau sens à la vie.   

Cinq critères favorables à la transition

Dans les résultats de sa recherche, qu’il terminera en 2018, Jan Grimell établit cinq critères qui favorisent une bonne transition de la vie militaire à civile.

1. Agir par motivation personnelle pour quitter la vie militaire.

2. Avoir la possibilité de remettre l’uniforme, si le désir de servir à nouveau se présente. Il s’agit d’une approche de transition avec un pied dans le monde civil et un autre dans le monde militaire. Joindre les rangs de la Réserve en est un exemple.

3. Se montrer ouvert d’esprit quant au processus d’identité personnelle. Comprendre la perte de l’identité militaire au moment devenir civil.

4. Compter sur ses ressources spirituelles.

5. Se donner un nouvel objectif de vie au sein du monde civil.

«Nous devons établir des connaissances scientifiques pour aider les militaires dans ce processus de transition vers la vie civile dans une perspective identitaire», termine M. Grimell, tout en ajoutant qu’il souhaite que sa recherche soit vue par les Forces armées suédoises pour améliorer les programmes de transition.

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