Le Musée Royal 22e Régiment déroule un pan d’histoire

Agrandir l'image Cette photo est l’un des documents qui ont été déroulés avec la plus grande précaution au Musée Royal 22e Régiment. Mesurant près de 40 centimètres, elle montre des finissantes de la Royal Canadian Air Force Women’s Division, le 9 septembre 1943, à Toront

Par Édouard Dufour, journal Adsum

C’est dans le cadre d’un travail colossal de mise à niveau de ses archives que le Musée Royal 22e Régiment (R22eR), situé à la Citadelle de Québec, a bénéficié de l’assistance de l'Institut canadien de conservation (ICC), afin de dérouler une série de documents. La découverte principale de cette opération est saisissante : les visages de Canadiennes ayant servi dans l’Aviation royale canadienne (ARC), déterminées à aider leur pays à défaire la menace allemande, lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Sara Bélanger, archiviste au Musée R22eR, est chargée du projet de mise à niveau de la documentation de l’établissement. «C’est beaucoup de travail! En deux ans et demi, nous avons numérisé 50 000 documents concernant l’histoire de la Citadelle de Québec et du Royal 22e                 Régiment», assure-t-elle. Les archivistes du Musée identifient et préservent des documents papier tels que «des journaux intimes, des lettres de correspondance, des photographies, des dessins et de l’iconographie».

Un système de ventilation sur mesure, le contrôle de l’humidité ambiante, un éclairage tamisé, ainsi que l’utilisation quotidienne de gants spéciaux et de fines pellicules protectrices sont toutes des composantes de l’environnement de travail des archivistes du Musée R22eR. Dès qu’ils sont dûment identifiés, les documents reçus sont mis en sécurité et classés dans de larges étagères mobiles, dont le déplacement est orchestré par un système élaboré de manivelles.

«Dès qu’on manipule un document, il y a des risques de l’abîmer. On fait donc parfois appel à d’autres centres qui ont le matériel nécessaire», explique Mme Bélanger, concernant la récente collaboration avec l’ICC pour le déroulage d’anciens documents. Dans le présent cas, le déroulage de quelques documents a nécessité un travail de longue haleine, s’échelonnant sur plusieurs mois. La photographie la plus marquante du lot déroulé par l’ICC est celle, toujours en excellent état, d’un groupe de finissantes du Royal Canadian Air Force Women’s Division prise le 9 septembre 1943.

Les pionnières

Les membres de la Division féminine de l’Aviation royale canadienne (ARC) de l’époque de la guerre sont les premières femmes qui ont servi dans les Forces armées du Canada (FAC). Des milliers de jeunes femmes se sont portées volontaires pour servir dans l’aviation au pays et à l’étranger, lors de la Deuxième Guerre mondiale. Au cours de cette période, l’ARC a connu une croissance rapide grâce au Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique au Canada.

Le 2 juillet 1941, le cabinet fédéral autorise la formation du Corps auxiliaire féminin de l’Aviation canadienne, et l’ARC devient le premier service militaire au Canada qui recrute des femmes. Environ 2000 femmes répondent au premier appel des forces aériennes, dont 150 sont sélectionnées. Des milliers les suivront. L’ARC embauche ensuite des femmes pour 69 des 102 métiers offerts, y compris des métiers traditionnellement masculins, comme ceux dans les domaines de l’entretien des aéronefs et du contrôle de la circulation aérienne.

Au début de 1943, la Division féminine est présente dans des stations et des quartiers généraux de l’ARC partout au Canada. Les premières divisions féminines envoyées à l’étranger quittent le Canada le 21 août 1942. En décembre 1944, 1500 membres du Service féminin travaillent en Grande-Bretagne au quartier général de l’ARC outremer, ainsi qu’au quartier général et aux bases du 6e Groupe de bombardement.

Bien qu’elles soient obligées de surmonter des obstacles sociaux, économiques et institutionnels de l’époque, la Division féminine montre aux Canadiens et à l’ARC que les femmes peuvent faire partie intégrale de l’aviation canadienne. Cinq ans plus tard, quand l’ARC commence son expansion au cours de la Guerre froide, les femmes sont immédiatement appelées à se joindre aux forces aériennes à cause de la réputation solide qu’elles se sont forgées lors de leur service précédent.

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