Dans la peau de soldats du 18e siècle
![]() |
| Agrandir l'image Le caporal André Chartier du 12e Régiment blindé du Canada partage le loisir de la reconstitution historique avec sa famille. (Photo : Courtoisie) |
Par Philippe Brassard
Journal Adsum
La semaine, le sergent Pierre Lalonde travaille à la Citadelle de Québec et le caporal André Chartier, sur la Garnison Valcartier. Mais parfois, la fin de semaine, le sgt Lalonde enfile l’uniforme du Régiment de Béarn, envoyé par la France en 1755 pour faire la guerre en Amérique du Nord, et le cpl Chartier devient milicien des Trois-Rivières.
Tous deux font partie des Compagnons de la Nouvelle-France, un groupe de Québec ayant pour mission de recréer le plus fidèlement possible la vie des ancêtres à l’époque du Régime français, à l’occasion de reconstitutions historiques.
En entrant dans la peau de soldats de la Nouvelle-France, les deux mordus d’histoire militaire trouvent dans ce loisir une façon de sortir des bouquins pour vivre leur passion. «C’est comme si on mettait la switch à off pour tomber au 18
Les Compagnons de la Nouvelle-France participent ainsi à des reconstitutions de batailles nord-américaines de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), opposant la France à l’Angleterre. Celles-ci regroupent des centaines de personnes à travers le Canada et les États-Unis.
En famille
Même les familles respectives des deux militaires y participent, jouant les civils sur le camp. En couple et père de quatre enfants, le cpl Chartier est parfois accompagné de tout son nid. «C’est une façon de partager autre chose que la télévision et de rapprocher la famille, en vivant sous la même tente. Un peu comme dans le service», soutient-il. Notamment, ses deux jeunes filles s’adonnent à des jeux traditionnels avec d’autres enfants. À 12 ans, son plus vieux était un jeune officier dans les rangs, comme cela se voyait à l’époque. Maintenant, il est fusilier.
«Pour nous, c’est un passe-temps familial», renchéri le sgt Lalonde, dont la femme Morgan, travaillant à Valcartier, s’adonne notamment à la cuisine, et dont la fille est porteuse d’eau.
La guerre à l’ancienne
Sur le champ de bataille, le sgt Lalonde est sergent au sein des troupes régulières, qui combattent en formation rangée, face à face avec l’ennemi. «Le rôle principal du sergent était de garder la formation, s’assurer que personne ne se sauve, raconte-t-il. Ça ne devait pas être évident de se regarder dans le blanc des yeux avant de se tirer dessus.» Ce dernier doit aussi aider ses pairs ayant des problèmes avec leurs fusils à silex, peu fiables.
De son côté, le cpl Chartier, sergent d’armes à la milice, a un rôle d’armurier, qui préfère faire la guerre dans les boisés aux côtés des Amérindiens, où les tactiques d’escarmouche ressemblent davantage à celles d’aujourd’hui. «J’aime mieux me battre à l’indienne. Je n’aime pas ça rester debout et me faire tirer dessus moi!», lance-t-il à la blague.
Étant membres des Forces canadiennes, ils ont une petite longueur d’avance côté tactiques, mais ça ne les empêche pas d’en apprendre beaucoup. «Ça permet de voir d’où nos tactiques viennent et d’en comprendre l’évolution», note le cpl Chartier.
Fait comique, autant le sgt Lalonde que le cpl Chartier prétend que son unité a un rôle plus déterminant que l’autre sur le champ de bataille. Preuve que les rivalités entre unités n’ont pas d’âge!
Vivre comme au 18
Que l’on parle des armes, des coutumes, de l’équipement ou des habits, tout dans les reconstitutions reste fidèle à la réalité historique. Les fusils peuvent être achetés sur Internet et les uniformes sont souvent cousus à la main. Tous dorment dans des tentes et s’efforcent de manger la même nourriture. «La bouffe du soldat français de l’époque, quand il partait en opération, c’était du lard salé, de la soupe aux pois, du pain et de la soupe à l’oignon. C’était très populaire, car ce sont des produits qui se conservaient longtemps», raconte le sgt Lalonde. Entre hommes, les Compagnons adoptent parfois ce menu plusieurs jours. «Mais quand nos familles sont avec nous, on essaie de manger un peu mieux. On se paye un souper comme les seigneurs!»
La Bataille de Fort Carillon
La plus récente reconstitution à laquelle le sergent Lalonde et le caporal Chartier ont participé a eu lieu aux États-Unis, au lac Champlain dans l’État de New York, les 26 et 27 juin. Elle recréait la Bataille de Fort Carillon (1758), l’une des plus grandes batailles de la Guerre de Sept Ans en Amérique du Nord, où 3500 soldats de la Nouvelle-France menés par Montcalm sont parvenus à repousser l’armée britannique, qui comptait 16 000 hommes.
«Montcalm a pris une décision stratégique, raconte le sgt Lalonde. Il a bâti des abattis – des murs de bois – pour ériger une position défensive à l’avant. Les soldats français se sont mis en arrière et ont attendu l’armée britannique. Le général britannique a décidé de ne pas utiliser ses canons et de faire une charge là-dessus et ça a été une mauvaise décision. Ils ont attaqué pendant quatre ou cinq heures. Les Britanniques ont eu au-dessus de 2000 pertes, et les Français, très peu.»
Près de 600 personnes ont reconstitué cette bataille. Il y a deux ans, pour le 250
Chaque fois, le public est le bienvenu. «L’une des raisons pourquoi on fait de la reconstitution historique, c’est de faire partager notre passion au monde et leur expliquer leur histoire. Au Québec, les gens la connaisse trop peu», déplore le sgt Lalonde, qui a été intéressé par ce loisir comme spectateur. «L’histoire est importante. Quand on sait d’où on vient, on sait où on s’en va», philosophe le cpl Chartier.
















