Un documentaire d’Alain Stanké pour les 70 ans du débarquement de Normandie

Agrandir l'image Alain Stanké sur une plage de Normandie, pendant le tournage du documentaire. - Photo : Le Groupe Sighter inc

Par Philippe Brassard, journal Adsum

À l’occasion du 70e anniversaire du débarquement de Normandie, le journaliste et éditeur Alain Stanké dévoile son film documentaire «Code secret : les carottes sont cuites», qui sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada le 6 juin.

Plus importante opération amphibie et aéroportée de tous les temps, le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie fut le point tournant de la Deuxième Guerre mondiale, menant à la victoire des Alliés en Europe. Cet événement a changé la vie de millions de personnes, notamment celle d’Alain Stanké.

«Quand j’étais petit, j’avais été dans un camp de concentration. Ma vie a changé à cause du débarquement», confie le producteur de télévision, qui est né en 1934, en Lituanie. «Après le débarquement, Hitler a eu peur de perdre la guerre, alors il a précipité les travaux du mur de l’Atlantique qu’il construisait. Il manquait de bras. En Lituanie, les Allemands ont pris des femmes et de jeunes hommes comme moi qui avait 10 ans et ils nous ont envoyés en Allemagne pour transporter du ciment, des pierres, du fil barbelé. Donc, j’ai été déplacé à cause» du débarquement, raconte Alain Stanké, qui a vécu en France après la guerre, avant de déménager au Canada à 17 ans.

C’est donc avec la motivation d’un homme qui fut déporté par la guerre avec sa famille que M. Stanké nous propose son nouveau documentaire de 60 minutes sur le Jour J, intitulé «Code secret : les carottes sont cuites». «Les carottes sont cuites», c’est le code qui avait été prononcé à la radio de Londres pour annoncer aux résistants français que «le débarquement est imminent».

Tourné au Canada et en France, son film raconte le débarquement à travers des témoignages humains provenant des deux côtés de l’Atlantique. «Pour moi, la meilleure façon de souligner le 70e anniversaire du débarquement, c’était d’aller chercher des gens qui sont allés libérer la population en Europe, donc nos soldats, et de l’autre côté, de retrouver des gens qui ont été libérés par nos troupes», souligne M. Stanké.

Une dizaine de vétérans canadiens qui se sont illustrés en Normandie figurent dans cette production télévisée. Parmi eux, le lieutenant-colonel (ret) Ernest Côté, âgé de 100 ans, qu’Alain Stanké a accompagné en Normandie, 70 ans après le débarquement. «C’est lui qui avait préparé le débarquement» du point de vue de la logistique, précise le producteur. «Rarement, on a affaire à quelqu’un qui sait comment tout a été pensé et planifié.»

M. Stanké a aussi rencontré le vétéran Maurice Tremblay, qui a porté secours au célèbre parachutiste américain John Steele, dont le parachute s’était emmêlé sur le clocher de l’église de Sainte-Mère-Église. Steele était resté accroché pendant des heures, «l’oreille collée à la cloche», relate M. Stanké. «Un Allemand l’a vu et lui a tiré dans le pied. Steele a fait semblant d’être mort, et le gars qui l’a soigné, c’est Maurice Tremblay.»

Alain Stanké a aussi interviewé l’un des premiers soldats à avoir posé le pied sur la plage de Juno Beach, Adélard Thibault, et un autre militaire qui a vécu la guerre et le débarquement sans jamais toucher à une arme : un cuisinier!

Il a également pu échanger avec les vétérans Georges Isabelle et Gilbert Boulanger, qui sont décédés quelques semaines après leur entrevue. Il était «minuit moins cinq» pour recueillir les témoignages des vétérans, constate M. Stanké. «Il fallait vraiment leur parler maintenant.»

Du côté des libérés, le documentaire présente notamment l’histoire d’un couple français surnommé «les mariés du 6 juin». Aujourd’hui âgés de 94 ans, les deux tourtereaux avaient dû reporter leur mariage prévu le 6 juin, en raison du débarquement. «Comme la brave jeune fille n’avait pas de tissu pour faire une robe de mariée, c’est un parachutiste américain qui lui a passé son parachute pour qu’elle se fabrique une robe», révèle Alain Stanké.

En présentant des images d’archives, le film ne manquera pas de mettre en relief l’importance historique et l’ampleur du Jour J et de la Bataille de Normandie, qui ont fait 5500 morts dans les rangs canadiens, dont 359 le premier jour. Le téléspectateur sera certainement surpris d’apprendre que c’est à la Citadelle de Québec, lors d’une rencontre en août 1943 entre Churchill, Roosevelt et Mackenzie-King, que la décision de faire le débarquement a été prise.

Le documentaire sera présenté le 6 juin sur les ondes de Radio-Canada. Soulignons que plusieurs témoignages inclus dans le film ont aussi servi à l’écriture d’un livre, «Histoires vécues du débarquement» écrit par Alain Stanké et Jean-Louis Morgan, déjà disponible en librairie.

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