«C’est une fierté d’être plongeur de combat» – Capt Drapeau

Agrandir l'image Le sergent Mathieu Tora, plongeur de combat des Forces armées françaises, aide le caporal Pierre-Luc Auger, du 5e Régiment du génie de combat, à sortir de l’eau. Photo - cpl Geneviève Lapointe, Imagerie Valcartier

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Plonger sous la glace dans une eau frôlant le point de congélation avec l’espoir de trouver des corps ou les deux boîte noires d’un avion, voici le scénario auquel participaient environ 70 plongeurs, canadiens et alliés, pendant l’exercice ROGUISH BUOY 2015.

Du 8 au 28 février, les plongeurs de combat du 5e Régiment du génie de combat (5 RGC), du 1 Combat Engineer Regiment, du 2 Combat Engineer Regiment et du 4e Régiment d’appui du génie, ainsi que cinq militaires français, cinq britanniques, trois américains et 9 hollandais, prenaient part à l’exercice international annuel de plongée sous glace. ROGUISH BUOY se tenait d’ailleurs pour une rare fois à la Base Valcartier et dans les environs, puisque normalement l’exercice se tient à Vancouver.

«C’est important de pratiquer la plongée sous glace également parce que c’est plus dangereux. Si un problème survient, le seul endroit pour revenir à la surface est le trou qui a été fait», affirme l’ingénieur de combat spécialisé en plongée de combat du 5 RGC, capitaine Étienne Drapeau.  

Organisé par le Centre de plongée de l’armée de terre de Gagetown, l’exercice vise à maintenir les habiletés et les compétences élevées de plongeurs de combat ainsi qu’à valider leurs techniques dans tout le spectre des opérations.

En complément cette année, le scénario de recherche et récupération utilisé permettait aux Forces armées canadiennes (FAC) de démontrer à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) le savoir-faire des plongeurs dans ce genre de situation. N’ayant pas cette capacité, la GRC pourrait donc faire appel à l’expertise des FAC dans ce domaine advenant une telle situation.

«On aimerait pouvoir travailler avec eux et leur démontrer ce qu’on est capable de faire. Si jamais ils ont besoin de nous, nous serons prêts», souligne le capt Drapeau. 

Intégration des forces alliées

En provenance de quatre pays, France, Grande-Bretagne, États-Unis et Hollande, les 22 militaires alliés ont été attachés à l’un des quatre regroupements de plongeurs canadiens.

S’entraînant notamment à couper la glace, à réviser les procédures d’urgence, à se repérer sous la glace, à récupérer un plongeur perdu ou encore à installer un site de plongée sous glace, les troupes alliées ont aidé les militaires canadiens dans la coordination de l’exercice.

Pendant les séances de plongée, un plongeur canadien et un plongeur allié allaient en même temps sous l’eau afin de partager leurs connaissances et s’échanger des méthodes de fonctionnement, ce qui permettait d’améliorer certaines procédures.

Le capt Étienne Drapeau citait d’ailleurs comme exemple la technique des deux cordes dans l’eau pour délimiter le territoire à fouiller. Effectuant les recherches dans un rayon de 45 mètres dont le centre est le trou de glacechaque vague de plongeurs déplace une des deux cordes, la première étant fixe, jusqu’à la limite de leur zone de recherche. Les plongeurs suivants repartent de l’endroit où leurs prédécesseurs ont fixé la corde et la déplacent avec eux à leur tour. Les zones explorées par les différents groupes de plongeurs forment ainsi des pointes de tarte, jusqu’à ce que les derniers plongeurs atteignent le point de départ, identifié par la première corde. .  

Comme des poissons dans l’eau

Bien qu’à l’occasion de l’exercice ROGUISH BUOY les plongeurs ne passaient pas plus de 45 minutes dans l’eau, ces derniers sont parfois appelés à y passer plus d’une heure. Leur équipement est adapté à ce besoin.

La combinaison pour la plongée sous glace est faite de deux morceaux que le plongeur revêt un par-dessus l’autre. La couche intérieure est faite en caoutchouc imperméable et la couche extérieure en néoprène extensible qui permet de garder le corps au sec.

Le capt Drapeau indique qu’il est possible d’ajouter des couches de vêtements chauds en dessous de la combinaison pour ne pas avoir froid. De plus, l’habit de plongée peut être gonflé, ajoutant ainsi une couche isolante. 

Le fameux «Wetsuit» reste également une bonne option. Même si c’est un choc au départ, explique capt Drapeau, l’eau reste dans la combinaison et la chaleur du corps la réchauffe.

En comptant la bonbonne d’oxygène et tout l’équipement nécessaire, le plongeur porte sur lui environ 45 kilogrammes de matériel.

Afin de respirer sous l’eau, les plongeurs sont oxygénés par un système d’alimentation d’air à la surface.

Le magasinier des plongeurs de combat du 5 RGC, le caporal-chef Boissonneault, qui a pour rôle de s’assurer que tout l’équipement est fonctionnel et disponible, explique que deux bonbonnes d’environ 1361 kilo-force par pouce carré de pression fonctionnent indépendamment l’une de l’autre. C’est donc dire que lorsqu’une des deux est vide, ils sont capables de passer à la seconde bonbonne facilement.  

Il opère également le panneau de contrôle qui permet de gérer le débit d’air fourni aux plongeurs. «Plus le plongeur descend en profondeur, plus la pression exercée sur le boyau d’alimentation est forte. On doit donc augmenter le débit pour faciliter la respiration des plongeurs. Ce système permet aux plongeurs de rester longtemps sous l’eau. Souvent, on est limité par les tables de plongée», commente cplc Boissoneault.

En plus de ce système, les plongeurs de combat portent sur le dos une bonbonne de secours.

Si un problème survient, ou si la bonbonne manque d’air, le plongeur envoie un signal par la corde de 80 mètres à laquelle il est attaché ou par le système de communication, et un plongeur en attente est déployé pour aller l’aider.

Le superviseur peut communiquer en tout temps avec les plongeurs, et vice versa, à l’aide du système de communication, qui sert également à donner certaines instructions tout au long de la plongée.

Rodés au quart de tour

Bénéficiant d’une qualification d’ingénieur de combat à la base, les plongeurs de combat doivent posséder une qualification supplémentaire pour exercer leur métier.

Après une sélection de deux semaines pour déterminer s’ils sont faits pour ça ou non, ils doivent ensuite suivre le cours de plongeur de combat à Gagetown en vue d’apprendre les rudiments du métier. Tous les plongeurs sont formés pour occuper les différents postes propres à cette qualification.

Ces derniers doivent être en excellente condition physique et dévoués à leur travail, car «c’est un métier très exigeant» comme l’affirme le capt Étienne Drapeau.

Dans un contexte opérationnel, les plongeurs de combat fournissent du soutien aux autres métiers des FAC. Ils font de la reconnaissance d’objectifs, construisent ou réparent des infrastructures, font exploser des obstacles, cherchent des pièces d’équipement perdues ou effectuent des opérations de sauvetage. 

«C’est une fierté d’être plongeur de combat», affirme en terminant le capt Drapeau. 

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