Inconduites sexuelles : le commandant de la brigade résolu à opérer un changement de culture

Agrandir l'image Le colonel St-Louis accompagne les lieutenants et capitaines de la Base Valcartier dans une séance d’entraînement de course à pied. Photo - Cpl Nicolas Tremblay, Imagerie Valcartier

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Mettre un frein aux comportements sexuels inappropriés et convaincre les victimes de briser le silence, voilà une des priorités que s’est donné le commandant du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada (5 GBMC), colonel Michel-Henri St-Louis.

L’Adsum s’est entretenu avec le nouveau dirigeant de la brigade afin de savoir comment il s’y prendra au cours de son mandat pour piloter un important changement de culture au sein de son organisation en ce qui concerne les problèmes soulevés dans le rapport de l’ex-juge Marie Deschamps, déposé au printemps dernier. Ce rapport en venait à la conclusion qu’il existe «une culture sous-jacente de la sexualisation au sein des Forces armées canadiennes (FAC)».

«C’est clair pour tout le monde que c’est le principal enjeu. Lorsque je parle à mon équipe, c’est le premier sujet abordé. Il faut mettre cartes sur table et voir comment on va faire pour s’occuper de cet important problème au sein des FAC», affirme avec fermeté le Col St-Louis. 

La question du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles interpelle la chaîne de commandement. «Ce sont des comportements inacceptables, poursuit-il. Il faut prendre conscience qu’en choisissant le métier des armes, notre objectif doit être de protéger la souveraineté et la population canadienne. De se faire du mal entre nous, de commettre des abus, c’est inconcevable», dénonce le Col St-Louis.

Bien que cela représente un grand défi de changer des mentalités, le commandant du 5 GBMC a déjà commencé à y consacrer son énergie. Le 25 août, il rencontrait les équipes de commandement de la brigade et celles des unités partenaires, dans le cadre d’un colloque tenu à la Citadelle de Québec, pour discuter du problème. Il a ensuite rencontré les officiers subalternes et les majors de la brigade les 31 août et 1er septembre afin de leur transmettre le message que ceux-ci doivent communiquer au sein de leur unité afin d’éradiquer les mauvais comportements.

«Il y a des comportements qui ne seront plus tolérés. Nous devons sévir auprès des personnes fautives et nous occuper davantage des personnes atteintes par ce genre d’inconduite. Il faut aborder le problème de front. Les victimes et les témoins d’actes répréhensibles seront au cœur de nos préoccupations», assure le Col St-Louis. 

Avec son équipe de commandement, il se concentre déjà sur un plan d’action à mettre en place pour que les victimes d’inconduites sexuelles n’aient plus peur d’en parler. «À partir de là, si des gens viennent nous voir pour dénoncer des comportements, ce sera un indicateur de succès et des mesures seront prises pour punir les agresseurs», affirme le Col St-Louis. Il trouve troublant que, selon le rapport Deschamps, les victimes ne portent pas plainte. «On ne peut pas deviner. Il faut sortir de l’ombre et ne pas avoir peur d’en parler. Dès que je serai saisi d’un problème, mon objectif sera de protéger les victimes et de punir les responsables. Je souhaite qu’au sein de la 5e Brigade, nos militaires se sentent suffisamment à l’aise pour alerter la chaîne de commandement de tout cas vécu ou porté à leur connaissance afin de nous permettre de nous attaquer à cette grave réalité», déclare le commandant. «Ce sera un gage de succès si j’en arrive à être exposé à des gens qui subissent ce genre de comportement.» Il se donne comme défi de faire en sorte que tout le monde qui entre travailler à la Base Valcartier aime son travail, porte fièrement l’uniforme et se sente privilégié de faire partie des FAC.

Une philosophie basée sur l’agilité mentale

Le traité de stratégie militaire millénaire, intitulé L’Art de la guerre, de Sun Tzu a inspiré la philosophie de commandement du Col St-Louis. Dans cet ouvrage, l’auteur fait l’analogie entre le métier des armes et un cours d’eau. L’eau ne s’acharne pas sur un obstacle, il le contourne, s’ajuste au terrain, prend les opportunités qui lui sont offertes et ne s’arrête jamais.

Le commandant de la brigade y voit un rapport avec l’agilité mentale et le leadership, deux valeurs qu’il préconise. Plus précisément, les militaires doivent connaître pleinement leurs capacités, maîtriser leur métier, être précis, loyaux, démontrer un jugement à toute épreuve et être en mesure d’anticiper les contraintes d’un champ de bataille afin d’atteindre l’objectif, et ce, peu importe la situation. «Je veux amener l’équipe à développer une approche précise, imaginative, créative, qui fait en sorte qu’on est capable d’anticiper et apte à s’ajuster à toute situation pour se rendre à l’objectif», précise-t-il.

Cette stratégie devrait être utile pour le nouveau commandant qui prend son poste à la tête d’une brigade prête à être déployée. Des militaires du 3e Bataillon, Royal 22e Régiment sont d’ailleurs déjà en exercice en Pologne dans le cadre de l’opération REASSURANCE et d’autres partiront prochainement pour l’Ukraine. L’automne amènera aussi son lot d’exercices en vue de maintenir la capacité des troupes de Valcartier à parer à toute éventualité.

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