Tous pour un Kili : Changer sa vie un mètre à la fois

Agrandir l'image Un groupe fier d’avoir atteint le sommet du Kilimandjaro. Photo - Gracieuseté Patrice Bergeron

Par Simon Leblanc, journal Adsum

Sortir de l’isolement d’anciens militaires souffrant d’une blessure de stress opérationnel (BSO), voilà l’objectif qui était derrière l’aventure «Tous pour un Kili». 

De juin 2014 à août 2015, un groupe de 13 accompagnateurs et huit anciens militaires affligés d’une BSO sont passés par toute une gamme d’émotions afin de relever le plus important défi de leur vie : monter au sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie.

L’idée du projet «Tous pour un Kili», en association avec la Fondation Gilles Kègle, est venue du caporal à la retraite Éric Roy, vétéran de la Bosnie. En 2013, alors qu’il vivait des difficultés, Éric Roy a eu la chance de prendre part à l’expédition Kilimandjaro avec la Fondation Gilles Kègle, une expérience qui a transformé sa vie.

Grâce à l’aide généreuse des nombreux accompagnateurs, M. Roy a été en mesure de réunir des militaires comme lui avec pour objectif de donner au suivant. «Je voulais que d’autres militaires avec une BSO puissent vivre l’expérience que j’avais vécue, car ça a changé ma vie, ça brise l’isolement et ça améliore la qualité de vie», admet-il.  

Des mois de préparation

Pendant un peu plus d’un an, de nombreuses personnes ont donné de leur temps afin d’aider les militaires participants à former un groupe uni et prêt à surmonter les épreuves menant au jour J.

Au travers de ce processus, le groupe a eu l’occasion de tisser des liens solides par le biais de plusieurs rencontres. Que ce soit pour une simple réunion, une journée d’activité physique en plein air, une activité sociale ou une activité de financement, tous gardaient leur but ultime en tête, se sortir de l’isolement.

«Le plus difficile a été de les amener à la montagne. Rendu là, il n’y avait plus de problème parce que les gars se retrouvaient dans leur élément», commente Chantale Dubreuil, une accompagnatrice.

Lors de ces quelques mois, l’équipe de «Tous pour un Kili» a amassé 180 000 $ en autofinancement. Cet argent a servi à défrayer des frais de transport, d’équipement, des demandes de passeports, etc.

Un voyage inoubliable

Après ces nombreux mois de préparation est enfin arrivé le moment de relever le défi. Par contre, avant de penser à monter les 5895 mètres les séparant du sommet du Kilimandjaro, les membres du groupe ont pris quelques jours pour s’acclimater au décalage horaire.

Tant qu’à faire une visite sur le continent africain, il était inconcevable pour l’équipe de ne pas participer à un safari. Ils ont également visité plusieurs endroits, notamment Zanzibar, et les anciens militaires ont même pris le temps de passer dans un orphelinat pour remettre des livres aux enfants.

Ces quelques jours de visite représentaient également un défi psychologique pour certains, car se retrouver dans un environnement qui leur rappelait un théâtre d’opérations a réveillé de mauvais souvenirs. «J’ai eu des "flash". La température, les odeurs et les sons m’ont rappelé les déploiements», indique Jean*.

Par contre, le fait de savoir que d’autres comme lui comprenaient ce qu’il vivait l’a aidé à mieux gérer ses émotions et à apprécier le moment présent.

La montagne salvatrice

Du 9 au 18 août, l’équipe a finalement procédé à l’ascension du Kilimandjaro avec l’aide des accompagnateurs locaux. Aussi redoutable qu’ait été la montée sur les plans physique et psychologique, les grimpeurs ont recouru à l’esprit de corps et aux liens créés entre eux les mois avant. La montée a pris les allures d’une thérapie de groupe. Dès qu’un participant peinait à continuer, les autres joignaient leurs efforts pour l’épauler et trouver une solution.

Sur 21 monteurs, 20 ont atteint le sommet, non sans difficulté, faisant mentir la statistique voulant que 40% des gens n’atteignent pas le sommet. Les visages rayonnaient de fierté après cet exploit, se rappelle les membres du groupe.  

«Cette expérience m’a fait énormément grandir. Ça m’a amené à rencontrer des gens que je ne connaissais pas, et je suis enfin sorti de chez moi. Nous sommes passés à travers un processus de développement personnel, on s’est fait des amis et nous sommes maintenant capables de demander de l’aide quand nous en avons besoin au lieu de nous isoler. C’est plus facile de s’ouvrir», témoigne Paul*.  

«Le Kilimandjaro, c’était simplement la cerise sur le gâteau. Le plus important pour nous, c’était sa confection, surmonter les défis et grandir comme personne», ajoute un autre des anciens militaires. 

Les accompagnateurs se souviendront eux aussi longtemps de cette expérience. «Ce fut un moment unique. J’ai l’habitude de travailler avec les familles de militaires qui vivent les séquelles de l’après-guerre. Je voulais maintenant aller voir de l’autre côté de la médaille pour observer ce qui se passait avec les militaires, notamment post-traumatiques. J’ai appris beaucoup de choses», déclare Johane Verville, accompagnatrice.

Reconnaissance

Le 3 novembre, le groupe de «Tous pour mon Kili» a été reçu au salon bleu de l’Assemblée nationale. Leur exploit a été reconnu par une motion de félicitation présentée par le député de la circonscription de La Peltrie, Éric Caire.

Le lendemain, 4 novembre, tous étaient conviés à la Citadelle pour un 5 à 7 organisé comme témoignage de reconnaissance et de remerciement.

Finalement, Éric Roy souhaite répéter un «Tous pour un Kili» à Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2017. Il rêve que tous les  militaires atteints d’une BSO puisse avoir l’opportunité de participer au même genre d’aventure, étant convaincu des bienfaits qu’ils en retireraient. «On a sauvé des vies et cela a changé chacun d’entre nous», conclut le directeur général de la Caisse Desjardins des militaires, Patrice Bergeron, qui s’est avéré un important joueur dans l’organisation du périple et des différents événements de collecte de fonds, notamment avec la Caisse Desjardins des militaires. 

*Les noms suivis d’un astérisque ont été changés pour respecter le désir d’anonymat exprimé par certains participants.

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